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EPR anglais : le pari à haut risque d’EDF

Au petit jeu des pronostics, EDF tablait vendredi « à 70 % » sur la signature d’un protocole d’accord commercial, mercredi à Londres, pour construire deux EPR sur le site de Hinkley Point (sud-ouest de l’Angleterre) et avancer sur les projets de Sizewell et Bradwell, à l’occasion de la visite d’Etat du président chinois, Xi Jinping. Alors que l’accord de principe entre EDF et Londres a été signé il y a tout juste deux ans, « nous sommes en négociations finales avec nos partenaires chinois » a précisé Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, au « Grand Rendez-vous » Europe 1-Le Monde-iTELE. Des négociations toujours suspendues, selon une source au fait du dossier, aux discussions avec les deux acteurs chinois CGN et CNNC, dont EDF aimerait qu’ils participent à hauteur de 40 %, mais dont la rivalité complique la donne. La venue du PDG d’EDF mercredi à Mansion House, dans la City, pour un « business day » autour de Xi Jinping et du Premier ministre, David Cameron, était toutefois annoncée.

Le projet de 16 milliards de livres (21,7 milliards d’euros), qui grimpe à 24,5 milliards en incluant son financement, est d’abord un pari industriel pour EDF. La Grande-Bretagne n’a pas construit de centrale nucléaire depuis une vingtaine d’années, tandis qu’EDF subit toujours de lourds retards et surcoûts sur le chantier de son EPR à Flamanville (Manche). L’électricien estime malgré tout pouvoir bénéficier du retour d’expérience de ce chantier et de celui des deux EPR en construction à Taishan (Chine) pour limiter son risque sur le projet anglais.

Contexte financier tendu

Le pari est aussi financier. EDF a sécurisé avec Londres et Bruxelles un contrat prévoyant le rachat de l’électricité produite à un tarif garanti pour trente-cinq ans. A 92,50 livres par mégawattheure, le prix représente le double du prix sur le marché de gros de l’électricité, suscitant de vives critiques outre-Manche. Mais, faute d’avoir trouvé d’autres actionnaires que ses partenaires chinois, EDF devra consolider l’investissement dans ses comptes, alors qu’il souhaitait rester sous le seuil des 50 %. Dans un contexte financier déjà tendu, EDF travaille donc à des cessions d’actifs massives, pouvant dépasser 10 milliards d’euros.

Certains s’interrogent aussi sur la pertinence de mobiliser autant de fonds sur l’activité nucléaire, alors que le groupe veut assurer de sa conversion à la transition énergétique et développer davantage les énergies renouvelables. Pour l’électricien, la construction des deux EPR représente un enjeu stratégique majeur. « Si EDF montre un tel acharnement, c’est pour faire le pont avec le renouvellement du parc français », explique un cadre du secteur. Certains, au sein d’EDF, auraient préféré que le groupe temporise et propose à Londres un « EPR NM », le « nouveau modèle » sur lequel il travaille avec Areva pour réduire ses coûts. Inconcevable, selon EDF : cela aurait différé le projet de Hinkley Point de plusieurs années, alors qu’EDF y travaille depuis son acquisition de British Energy (aujourd’hui EDF Energy), en 2009. L’accord, s’il se confirme, fait un autre pari stratégique : celui de laisser les acteurs chinois entrer sur le marché européen avec leur projet de réacteur Hualong sur le site de Bradwell. « Stratégiquement, il est plus important à court terme pour EDF de financer Hinkley Point que de bloquer les Chinois », pointe un connaisseur du secteur.

Veronique Le Billon, Vincent Collen - Les Echos


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