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Nucléaire : le projet à 25 milliards d’EDF et de la Chine est lancé

Le président chinois, Xi Jinping, et le Premier ministre britannique, David Cameron, mercredi, lors de la signature du contrat.

Cette fois-ci, le projet nucléaire d’EDF au Royaume-Uni est définitivement sur les rails. Après des retards à répétition, l’électricien français a finalisé mercredi à Londres son partenariat avec le groupe chinois CGN pour construire deux réacteurs EPR à Hinkley Point, sur la côte ouest de l’Angleterre. Le patron d’EDF, Jean-Bernard Lévy, et le président de CGN, He Yu, ont signé les contrats. Le gouvernement britannique a tenu à solenniser l’événement, qui s’est déroulé en présence du Premier ministre, David Cameron, et du président chinois, Xi Jinping, qui est en visite d’Etat outre-Manche cette semaine.

L’accord est « historique », a souligné le chef du gouvernement. C’est la première fois qu’une centrale nucléaire sera construite au Royaume-Uni depuis 1995. Il s’agit du plus gros investissement étranger jamais annoncé en Grande-Bretagne. C’est aussi la première commande de réacteur en Europe depuis la catastrophe de Fukushima en 2011. Et l’accord permet à un industriel chinois de mettre un pied dans le secteur nucléaire en Occident, une première.

Financement : « un changement radical »

Les travaux à Hinkley Point démarreront dès la décision finale d’investissement, qui marquera le bouclage juridique du projet, attendue « dans les prochaines semaines », a annoncé Jean-Bernard Lévy. La construction durera près de dix ans. La mise en service du premier EPR devrait intervenir en 2025, soit deux ans plus tard que ce qui était prévu jusqu’à présent. Ce décalage est lié aux problèmes rencontrés par EDF avec la technologie EPR sur le chantier de Flamanville, dans la Manche. Le second réacteur suivra « six à douze mois plus tard », a précisé Vincent de Rivaz, patron de la filiale britannique d’EDF. Le projet coûtera 18 milliards de livres, soit 24,5 milliards d’euros courants, sans tenir compte des coûts de financement. Le groupe français, qui détient 66,5 % du projet, en financera les deux tiers, le solde (33,5 %) étant supporté par CGN. Il y a deux ans, EDF avait annoncé un coût total de 16 milliards de livres, mais cette somme était en monnaie constante. « Les coûts de construction n’ont pas été revus à la hausse », a assuré Vincent de Rivaz. Areva, Alstom et Bouygues figurent parmi les fournisseurs retenus.

La façon dont les EPR seront financés, elle, est sensiblement modifiée. A l’origine, EDF voulait se contenter d’une participation minoritaire dans Hinkley Point, dont le solde aurait été détenu par CGN et Areva. En grave difficulté, le groupe nucléaire français a été contraint de se retirer et CGN n’a pas accepté de prendre plus de 33,5 %. En conséquence, EDF devra consolider les EPR anglais dans ses comptes, ce qui représente un risque bien plus considérable que prévu, même s’il bénéficiera d’un tarif garanti pendant 35 ans pour l’électricité produite à Hinkley. « C’est un changement radical », a reconnu Jean-Bernard Lévy. Le groupe français financera sa part – plus de 16 milliards d’euros- sur ses fonds propres et par emprunt. Il prévoit de céder quelque 10 milliards d’euros d’actifs non stratégiques dans cette perspective, selon nos informations. EDF n’est pas certain d’avoir recours aux facilités de paiement mises à disposition par l’Etat britannique, car le groupe emprunte aujourd’hui à un coût inférieur sur les marchés, a expliqué Jean-Bernard Lévy. EDF espère à terme céder une partie de sa participation à un autre partenaire. L’électricien conservera quoi qu’il arrive au moins 50 % du capital, a-t-il précisé.

D’autres accords conclus

Outre Hinkley Point, deux autres accords ont été conclus. A Sizewell, sur la côte Est de l’Angleterre, deux réacteurs EPR sont prévus. EDF prendra 80 % de ce projet et CGN 20 %. Les travaux démarreront dans « trois ou quatre ans », espère Vincent de Rivaz. A Bradwell, à l’est de Londres, le rapport de force sera inversé : CGN prendra 66,5 % des parts et EDF 33,5 %. Cette nouvelle centrale utilisera la technologie chinoise Hualong. Si le projet est mené à son terme – un long processus de certification démarre l’an prochain –, ce sera la première fois qu’une centrale nucléaire de ce type est construite en Occident.

Vincent Collen, Les Echos


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